Frontières du dit

Publié le par Lionel Droitecour

Kate Greenaway (1846-1901), le joueur de flûte d’Hamelin

Kate Greenaway (1846-1901), le joueur de flûte d’Hamelin

Elle brille parfois au chevet de ma nuit,
Cette mélancolie heureuse, ma compagne.

Je la laisse venir sitôt qu’elle me gagne,
Elle qui sait si bien distraire mon ennui.

Il me semble parfois voyager de concert
Avec cette parente, ancienne commère.

Elle chante en ma voix l’impossible chimère,
Et décline, le soir, son contrepoint disert.

Je l’entends même si je n’écoute toujours,
Elle est la mélodie de mes humbles refrains.

Si dans l’oubli, souvent, je polis mes chanfreins,
Son pipeau doucereux est l’appeau de mes jours.

Et je la suis, pareil aux enfants d’Hamelin
Suivant un joueur de flûte en d’insoucieux travers.

Si je vais, si je veille au chevet de mes vers,
Langoureuse, elle vient de son pas de félin,

Et me mène parfois vers l’âpre nostalgie.
Tant pis, c’est là le risque où je plie mon levain

Aux farines de mots de l’aride écrivain.
Elle est mon petit mal, aussi ma névralgie.

D’elle je me guéris en parcourant l’aurore,
Le verbe est mon remède que sa main dispense,

Curatrice, toujours, d’une prochaine errance
Aux frontières du dit que ma rime colore.

Et nous allons ainsi, cahin-caha, rêvant,
Comme un couple solaire en nos calmes mitans ;

Nouant nos oripeaux aux apartés du temps
Solitude doublée et précaire au levant.

mars 2015

Publié dans Nostalgie

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