En ce vaisseau terrien

Publié le par Lionel Droitecour

Anonyme, XIIIe siècle

Anonyme, XIIIe siècle

Le seuil du dernier jour de l’année est atteint.
J’ai écris tant de mots en mon livre virtuel,
J’ai poussé tant de cris en ma demeure basse
Où la douleur inscrite épousait mon silence !

Tout cela pour le vide, aux berges de l’absence,
Et cet amer solo d’absurde contrebasse ;
Clamé, comme au désert, ce songe individuel
Où le chant d’espérance en mon âme s’éteint.

Je n’ai fait que bramer mon ciel de solitude
Aux complies d’un vestige où mon temps se termine,
Je le sais proche, enfin l’aube du pénultième
Si ma chair incrustée de vieillesse s’en berne.

Quel est cet étendard à jamais mis en berne,
Quel sens est à venir en ce morne quantième,
Pourquoi tant de distance en moi se détermine
Entre ce rêve nu et ma détresse rude ?

Je n’ai plus nul endroit où cacher ma défaite,
Partout est proclamée ma lâche reddition,
Le vainqueur sans pitié contraint mon corps perclus,
Il n’est plus de frontière aux bornes d’impuissance.

Je n’étais qu’un possible au drap de ma naissance,
Et mon linceul s’apprête en l’ombre où suis reclus,
L’armistice, céans, était sans condition
La camarde, déjà, est perchée sur mon faîte.

Ne va pas croire, ami, qu’ici je me lamente,
Lucide, je me vois, c’est tout, sans artifice ;
Il est fou celui-là qui est content de lui
Et l’angoisse de mort en sa fibre est cruelle.

Non je ne crains vraiment pas l’étreinte mortelle,
Je l’appelle parfois, aux rades d’icelui
Blasphème, proféré au lieu du sacrifice
En ce verbeux étal que ma rime commente.

Patience dans l’azur, il sera temps bientôt !
L’année qui vient à moi ne recommence rien,
Ce n’est qu’un vil dépôt à mon destin poisseux,
Lisière à ce néant qui gravite en ma peau.

J’entends en moi, souvent, le chant de cet appeau,
Je résiste aussi bien que je peux sous les cieux,
Me rencogne aux parois de ce vaisseau terrien :
Ma blessure m’emporte, y verserai, tantôt.

31 décembre 2012

Publié dans Névrose

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