Désert

Publié le par Lionel Droitecour

Marcel Carné (1906-1996), Photo extraite du film "La Marie du port", 1950.

Marcel Carné (1906-1996), Photo extraite du film "La Marie du port", 1950.

1.
Il ouvre son journal avec affectation,
Paravent dérisoire où le monde résonne
Et son regard parcourt avec mélancolie
Les pages encombrées d’images et de signes.

Dans le bar délaissé où son désœuvrement
Le conduit dès matin, tôt levé, sans raison,
Il épuise le temps que la pendule avare
Distille sans plaisir dans la vague du jour.

Certes, la vie est longue à qui n’a plus d’amour
Servitude sauvage à mordre un cœur éteint.
Ainsi l’on se prolonge, implacable désir,

À jamais sans projet sous d’intenses lumières,
Consomption d’un cœur las, dès lors qu’il vient gésir
Amputé de lui-même en un corps amoindri.

2.
Oh, la creuse passion dévorée par l’absence,
Appel inassouvi de nos pauvres carences,
Où la peau se dessèche à n’être point promise
À la chaleur de l’autre, à son humeur aussi ;

Vacarme délétère en la ville impatiente,
Echo désaccordé de l’âme dans son deuil,
Que nul n’aborde plus dans l’aube intelligente,
Ou partage et s’émeut, ou rayonne et transcende.

L’être, au mitan de l’homme, ainsi fraye au désert
Dans nos sociétés froides la chair est meurtrie,
Asservie au réel comme sont les machines.

Et la physique nue ignore enfin l’esprit,
Solitudes d’egos qui sans fin se contemplent
Transis inconsolés au seuil des multitudes.

avril 2002

Publié dans Solitude

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LADY MARIANNE 03/06/2017 09:40

superbe poème sur le temps ! celui que rien ne peut arrêter !
la solitude se ressent bien-- trop de temps à tuer !
amitiés-