Digne fut l’ouvrier

Publié le par Lionel Droitecour

Adolph Friedrich Erdmann von Menzel (1815-1905), La Forge, Cyclopes modernes, 1875, (détail)

Adolph Friedrich Erdmann von Menzel (1815-1905), La Forge, Cyclopes modernes, 1875, (détail)

Je regarde la pluie tomber sur nos perrons,
Mouiller la pierre grise usée par l’érosion ;
Nos pas, milliers de fois, l’un à l’autre ajoutés
Imperceptiblement mordant l’arrête vive.

Tel mon cœur émoussé en sa lente dérive,
J’attends je ne sais quoi de l’aube. Déboutés
Chaque jour un peu plus au nom d’une illusion,
Nous sommes gueuserie dans l’ombre où nous errons.

Le privilège est là, qui nous nargue, narquois,
Il a fait de l’argent son idole notoire
Et nous toise en vainqueur, maître de la déroute
Où le monde s’enfonce et la banque s’enivre.

Qu’importe le maraud ! Puisqu’il tente de vivre
Nous réglerons son compte par la banqueroute
Et puis quelque matin, d’un trait sur l’écritoire
Le meurtre pour salaire en l’inique carquois.

Dictature fardée, hideuse république,
Là traitreuse momie de la démocratie
Règne comme un voleur que la loi fait ministre,
Et qui songe au profit de sa propre escarcelle.

Nous les retrouverons, la taille et la gabelle
Au songe corrompu de ce courtier sinistre
Qui se fait serviteur de la ploutocratie,
Et braille à l’éraillée son vain panégyrique.

Mais où donc sont des justes la libre espérance,
La foi dans l’unité, l’âme prolétarienne
Qui jadis à versé, rouge, un généreux sang,
Pour un bonheur humain partagé dans l’honneur ?

Nos pères, bravement, luttaient pour ce bonheur,
Digne fut l’ouvrier au cœur simple et décent,
Quand son patron flattait cette botte hitlérienne
Modèle pour des fous affamés de puissance.

mars 2016

Publié dans Citoyen

Commenter cet article

Avisferrum 25/07/2017 17:43

Vu dans l'article de Wikipedia consacré à Georges Guingouin :

" À propos de ce passage en prison, le 21 novembre 2001, lors d'une conférence devant des professeurs d'histoire de l'Aube, Georges Guingouin déclarait : « Arrêté à la veille de Noël 1953, incarcéré à la prison de Brive, je devais y subir de tels sévices que, par deux fois, je parcourus le chemin des agonisants qui revoient leur vie à l'envers dans leurs derniers instants jusqu'à l'éblouissante lumière. »"

Peu probable pourtant que l'ami Georges ait été un mystique fervent...

Bon, je te rassure, ce n'est pas la seule chose que j'en ai retenu ! :-)

Lionel Droitecour 24/07/2017 16:22

Sur ce sujet, je te renvoi à la vie et l’œuvre de Georges Guingouin, instituteur, communiste et qui fut l'un des tout premiers et des plus authentique résistant français, malgré le pacte germano-soviétique. Il fut d'ailleurs trahi par ses camarades, après guerre, lesquels ont bien failli lui faire la peau...

Avisferrum 24/07/2017 16:59

Je n'ai nul doute que parmi les ouvriers (communistes ou pas) une grande majorité était dans la résistance, ne serait-elle que morale...

Mais comme tu y fais allusion l'histoire n'est souvent qu'une longue succession de trahisons et de compromissions, ne surnagent dans ce marasme que des individus, heureusement nombreux, héros assumés ou malgré eux, parfois simples gardiens de l'ordre moral (dans le sens noble), social et spirituel de ce monde en perdition... Qu'ils soient tous remerciés, sans eux ça fait longtemps que notre esclavage serait complet...

Je me pencherai sur la vie de Georges Guingouin, merci pour le conseil !

Avisferrum 24/07/2017 15:17

Qu'ajouter à ce magnifique poème, cher ami, tout y est vrai et si joliment dit...

Bon, puisqu'il est dans ma vocation de volatile chipoteur de toujours me sentir obligé de faire une remarque :-) je dirais que seules les deux lignes :

"Digne fut l’ouvrier au cœur simple et décent,
Quand son patron flattait cette botte hitlérienne"

me posent un petit cas de conscience, car tous les patrons n'étaient certainement pas hitlériens ni tous les ouvriers simples et décents.

L'histoire nous apprend d'ailleurs que tant que Staline et Hitler étaient "bons copains" les dirigeants du PCF regardaient ce dernier d'un œil plutôt bienveillant, et nombre d'ouvriers opprimés voyaient probablement eux aussi en cette alliance une opportunité de renverser la dictature capitaliste...

La suite nous a montré ce qu'il en est advenu...

S'il y a une chose qu'on peut en retenir c'est bien que toute guerre ou pseudo "révolution" initiée par nos dirigeants - ou par quelques meneurs mandatés et poussés sur le devant de la scène - ne peut que mener à un résultat : le bétail ou "peuple" sera toujours le dindon de la farce !