Invite dans les cieux

Publié le par Lionel Droitecour

... Près de ma mère et de ma sœur, La camarde est en filigrane, Elle a fait son choix, la faucheuse ...

... Près de ma mère et de ma sœur, La camarde est en filigrane, Elle a fait son choix, la faucheuse ...

J’étais ce môme inquiet, toujours,
De ne savoir trouver sa place,
Incertain de son moindre geste,
Presque aux abois, empli d’angoisse.

Mon image, en l’hier, se froisse.
Sur la photo, c’est manifeste,
Je souriais. Là, nulle trace
De mon dilemme au fil des jours.

Mais comme l’image est trompeuse.
C’est mise en scène, vain théâtre,
Une famille reconstruite
Aux âpres décombres du deuil.

Je me retrouve sur ce seuil,
− C’était avant qu’elle nous quitte,
Mon front clair ainsi que l’albâtre
À ma lèvre une moue rieuse,

Bambin innocent et solaire.
Près de ma mère et de ma sœur,
La camarde est en filigrane,
Elle a fait son choix, la faucheuse.

Elle te tient, la mort affreuse,
Pauvre petite ombre diaphane,
Que guette, avant même la fleur
La Parque muette, atrabilaire.

Et je ne t’ai jamais revue.
Sans cette image où malgré moi,
Sans doute, le hasard me pris,
Je ne saurais rien de cela.

Après, une tombe scella,
Le sort de ce léger esprit,
Apparu jadis sous mon toit
Pour disparaître de ma vue.

Pourtant ton manque persista,
Et je suis frère de ce vide,
Ne parle-t-elle par ma voix,
Ne s’agite-t-elle où je gîte ?

Et de ce verbe qui m’habite,
Dont je tresse de vains pavois
N’est-elle prêtresse impavide,
Laquelle en ma lyre exista ?

Jadis ce fus là ton mystère,
En l’inexpiable solitude,
Cette absence, en moi, comme un creux
Dont nul mot ne savait rien dire.

Alors, je ne savais écrire,
Mon corps exprimait, malheureux,
Ta carence et mon hébétude,
Je régressais en ma lisière.

Ainsi comme l’enfant autiste
Je balançais mon corps, rivé
À recherche de cette âme,
Altérité en moi dissoute.

Ce fut matrice de mon doute,
Hélas, douloureuse oriflamme ;
Dont mon œil, à jamais privé,
En l’aube nue veille et s’attriste.

Au soir, et désormais si vieux,
Perclus d’une antique douleur,
Je pense à toi, je pense à celle
Que je porte ainsi qu’une croix.

Mais tu n’es pas source d’effroi,
Précieuse et chétive étincelle,
En chaque pas, libre fouleur,
Je t’invite encore en mes cieux.

janvier 2014

Publié dans Autobiographie

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Avisferrum 08/07/2017 11:19

Magnifique et émouvant poème, cher ami, j'y ressens fortement la présence de cette âme trop vite disparue de la vie de ceux qui ne l'ont jamais oubliée, la gardant à jamais immaculée.
Cette présence ne me semble pourtant pas enfantine ou inachevée, mais plutôt une âme douce et sereine, le sourire léger et le regard clair, que nulle souffrance ne vient assombrir, car la souffrance n'est qu'une ombre que nous mettons entre nous et la Lumière... fuyant la révélation de qui nous sommes vraiment !