Ainsi le vain espoir

Publié le par Lionel Droitecour

Photo : B. Monginoux www.Photo-Paysage.com cc by-nc-nd

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Un peu plus de silence en la nuit murmurante,
En l’incise du jour, tout juste avant l’aurore,
Quand le noir d’encre bleue vacille en l’indécis,
Et que demain vient naître au chevet qui le nie.

L’âme dans cette instance bée, si démunie,
Corolle à peine ourlée dans un vase imprécis
Quand l’ardente nature en son calme pérore
Notre verbe se tait en l’aube sidérante.

C’est une nudité couverte de haillons,
Ce vide en nous creusé par une plénitude,
Et l’on sent tout le manque à geindre sous la peau,
Dans l’exaspération intacte de nos corps.

L’on est plus à soi même en de piètres décors
Qu’une acmé qui se pense aux lignes d’un tombeau,
Sagesse d’encensoir proche de l’hébétude
Moisson germée des grains moisis sous les paillons.

Existe encore un peu dans ta décrépitude
Oh, pauvre fou songeur de ta propre détresse,
Poursuit cette défaite où se ronge ton lien :
Elle claque des doigts, là-bas, la Parque aveugle.

Et ton morne désir au sein de la chair meugle !
C’est ton reste, fantasme en son joug quotidien,
Nœud gordien qui te serre et te grise et t’oppresse,
Maille en l’inabouti que nul remord n’élude.

Ainsi tu passeras, tel, aux verseaux du soir,
Le spectre d’une idée déboutée de projet,
Ombre en ce contrejour peuplé de soleil mort,
Pareil à ce néant qui berce ta part sombre.

Seul en soi pour toujours, dans la foule et le nombre
On ne rejoint jamais que la faim qui nous mord
Jusqu’à n’en plus pouvoir, satiété d’un objet
Que le doute travaille, ainsi le vain espoir.

décembre 2015

 

Publié dans Spiritualité

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