Coupes rases

Publié le par Lionel Droitecour

... Désormais des engins, ... élaguent ... monstres froids, / Ces princes de l’azur renversés sans égard ...

... Désormais des engins, ... élaguent ... monstres froids, / Ces princes de l’azur renversés sans égard ...

Les sapins, vers le ciel, en vain, pointent leurs doigts :
Leurs cimes vont bientôt s’effondrer sous le ciel,
Le bûcheron s’affaire en ses sinistres taches.
Le passe-partout, hier, le coin ou la cognée

Laissait à l’agonie une ultime journée
Aux arbres en prière, au rythme lent des haches.
Désormais des engins, en bruyant carrousel,
Comme fétu élaguent, couchent, monstres froids,

Ces princes de l’azur renversés sans égard.
Leurs grumes sectionnées frissonnent bout à bout,
La terre, labourée sans espoir de semence,

Se plaint, défigurée, veuve de leur présence ;
Aux bords des coupes rases, pleurent, vent debout,
Ceux qui demain seront victimes des soudards
.

avril 2006

Publié dans Sensation

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Avisferrum 17/08/2017 15:01

Très beau et triste, cher ami, ça me rappelle une jolie chanson d' Alexandra, une chanteuse allemande (d'origine lituanienne) des années 60, qui trouva la mort à 27 ans dans un accident de voiture, chanson dont le titre allemand est "Mein Freund der Baum", "Mon ami l'arbre" :
https://www.youtube.com/watch?v=0-SeQQ468i4

En voici une libre traduction :

Mon ami, l’arbre

Cela fait longtemps que je voulais te revoir, mon vieil ami des jours d’enfance
J’avais plus d’une chose à te dire et savais que tu allais me comprendre.
Petite fille déjà je venais à toi avec tous mes soucis d’enfant,
Avec toi je me sentais en sécurité et tout chagrin s’envolait,
Quand je pleurais dans tes bras, tu me caressais les cheveux avec tes vertes feuilles, mon vieil ami

Mon ami l’arbre est mort,
Il est tombé aux premières lueurs de l’aube

Tu es tombé à l’aube, je suis arrivée trop tard, plus jamais tu ne te berceras au vent
Abattu tu dois reposer au bord du chemin, et plus d’un passant,
Ne respectant pas ce qu’il te reste de vie, déchirera tes vertes branches,
Qui mourantes s’inclinent vers la terre. Qui me donnera désormais la paix
Que je trouvais dans ton ombrage ? Mon meilleur ami m’est perdu
Qui me reliait à mon enfance

Mon ami l’arbre est mort,
Il est tombé aux premières lueurs de l’aube

Bientôt s’élèvera une maison de verre et de pierre là où on l’a abattu,
Bientôt de grises murailles s’érigeront là où il repose au soleil,
Peut-être y aura-t-il un miracle, secrètement je l’attendrai,
Peut-être que devant la maison fleurira un jardin et qu’il s’éveillera à une nouvelle vie
Mais si faible et si petit, même si de longues années passent,
Plus jamais il ne sera le même

Mon ami l’arbre est mort,
Il est tombé aux premières lueurs de l’aube