Jusqu’aux rives du soir

Publié le par Lionel Droitecour

... Ma fête est terminée, pour vous elle commence, / Qu’elle dure en vos yeux, vestale de la vie ...

... Ma fête est terminée, pour vous elle commence, / Qu’elle dure en vos yeux, vestale de la vie ...

Il y eut, de longue date, maints préparatifs,
Les tables, les couverts, les ornementations,
Le choix des vins, des mets, les listes d’invités,
Choisir un faire-part et publier les bans.

Les fleurs, les chandeliers, les nappes, les rubans,
La pompe bon-enfant, loin des solennités,
Le lieu approprié, bien-sûr, aux libations,
La crainte des oublis aux derniers jours hâtifs.

Or, nous voici rendus au seuil de la mairie,
L’édile nous attend, parmi les embrassades,
Et le code civil, en l’article de loi,
Donne à l’amour un droit au libre cœur humain.

Dans le bonheur d’un couple il est un bien commun,
Une monnaie d’espoir à l’immortel aloi,
Les plénipotentiaires de ces ambassades,
Aux lèvres jointes sont d’une humble confrérie.

Mon fils s’est marié, ce jour, et j’ai vieilli,
Oh, certes, sans chagrin, juste la nostalgie,
Furtivement mon œil a glissé sur la rive :
La vie est un torrent qu’on dévale toujours.

Et c’est d’un même élan que se froissent nos jours,
Ardents, au jeune temps, nous sommes de l’eau vive,
Mais la sagesse vient avec la lombalgie :
L’âge est comme un manteau où le corps a failli.

Sans amertume, ainsi, comblé de votre joie,
Mes enfants, je songeais aux émois de jadis,
Lorsque, pareil à vous, je contemplais l’aurore,
Et la promesse éclose au mitan de nos cœurs.

J’y savourais l’éclat de vos belles candeurs,
L’historiette charmante où l’enfance pérore,
Tout étonné, soudain de vous trouver grandis,
Adultes, désormais, parcourant votre voie.

Vous n’avez plus, dès lors, guère besoin de moi,
Quelque chose s’inverse au battant de l’horloge,
Il frémit sur mon âme un automne cruel,
Je sais la bise proche au gris de mes cheveux.

Qu’importe ! Recevez-en ceci tous mes vœux,
Votre heure est à sourire en un désir mutuel,
Que le mal vous oublie en sa mortelle toge
Et que le ciel vous comble en l’hasardeux charroi.

Pour moi, je continue à mouliner ces vers
Au jardin de l’ennui, dépeuplé d’innocence,
Il en va de nos chœurs en l’harmonie du monde
Comme neige d’antan sous les pas de Villon.

Je m’en vais vous laisser. Tracez votre sillon,
Tentez de ralentir, en sa brusque faconde,
La seconde qui file en rapide cadence,
En cela votre amour sera votre convers.

Ma fête est terminée, pour vous elle commence,
Qu’elle dure en vos yeux, vestale de la vie,
Flamme à jamais brillante au fronton d’un destin
Qui s’augure, à vos reins, en quotidien labeur.

Ce morne créancier n’est qu’un marchand hâbleur,
Il vante sa pitance aux apprêts d’un festin
Qui ne doit qu’à votre art, où la grâce convie,
D’embellir et de croître au champ de l’existence.

Soyez cet artisan qui se met à l’ouvrage,
Soucieux de l’autre autant que de son propre avoir,
Ardent à partager et généreux mécène,
Humble dans la colère et propice au pardon.

Ainsi viendra fleurir, en vous, ce simple don,
Ainsi votre bonheur, offert à l’avant scène
Comblera-t-il vos jours jusqu’aux rives du soir,
Et la nuit bienheureuse elle en sera le gage.

octobre 2013

Publié dans Autobiographie

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Loucas 23/08/2017 16:53

Très beau poème ! hymne à l'amour et au bonheur qui fais un contraste entre la jeunesse et la viellesse. Au joie du mariage

Lionel Droitecour 23/08/2017 17:02

Merci beaucoup.
Ce poème est autobiographique, il exprime en grande partie ce que j'ai ressenti lors du mariage de mon fils.
Joie, fierté, nostalgie et quelques autres pensées diverses, par paquets de douze syllabes...