Les fillettes

Publié le par Lionel Droitecour

Vincent Van Gogh (1853-1890), Les buveurs (détail) d'après Daumier, 1890

Vincent Van Gogh (1853-1890), Les buveurs (détail) d'après Daumier, 1890

Mon père, volontiers, taquinait la fillette*…
Ils s’y prenaient à deux, compères de rencontre
Et j’assistais, parfois, à ce dépucelage,
Gamin tout innocent convié à cette agape.

« Camarade dit donc, sur un pied, on dérape !
Patron, une deuxième ! » Et, faisant bon ménage,
Parlant de politique en ignorant la montre,
Les braves s’échauffaient… « De Gaulle ? Une mauviette !

Il se planquait derrière une mare aux harengs !
Moi, j’étais au maquis, tiens, un fusil pour deux ! »
Ils opinaient, bavards, vidant le carafon,

Pourpres jusqu’aux cheveux, égouttant bien le fond
Des fillettes de blanc. Et moi, coincé entre eux
Je les écoutais dire, une ou deux heures durant.

juin 2007

La « fillette », que l’on commandait au bistrotier, était alors un carafon de trente-trois centilitres

Publié dans Souvenirs

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Avisferrum 10/08/2017 14:00

"La mémoire n'est pas une fleur fidèle... Il ne serait pas impossible que les fillettes en question eussent pu faire une ronde, à la manière de tout les gars du monde, quand ils veulent bien se donner la main..."

Faire une ronde peut-être, rendre rond (comme une queue de pelle) ça je n'en doute pas une seconde ! :-)

Avisferrum 03/08/2017 08:33

Souvenir très vivant, qui restitue parfaitement l'ambiance de "bistro" ou "café du commerce", on s'y croirait presque !

Au fond tu as eu de la chance que ton père t'emmène en ces lieux (si on excepte le tabagisme passif que j'imagine aisément !), témoin attentif et silencieux de ces tranches de vie, il ne se doutait pas que tu les ferais revivre bien des années après (pour notre plus grand plaisir) sinon il aurait certainement commandé fièrement plus d'une "fillette" en prévision de ton œuvre future ! :-)