Sur une terre aride

Publié le par Lionel Droitecour

… De tous ces oripeaux, sur ma peau, comme un chancre …

… De tous ces oripeaux, sur ma peau, comme un chancre …

Vrai, je ne sais, toujours, les mots que j’ai écris,
Cela me sort mes doigts comme coule de source
Une onde libérée de quelque bonde étrange.

 

Et cela prend son cours, en ma rime se range,
Mon âme s’en défait ainsi de l’on débourse,
Je paye mon écot en ce que je décris.

 

Altérité, en moi, qui œuvre en ce terreau,
Est-ce, de l’inconscient, une trace affleurée,
Ou l’ombre d’une morte en mon sein comparue ?

 

Est-ce la muse, ici, aussitôt disparue,
Qui me cherche et me fuit comme biche apeurée,
Est-ce ma volonté, le fruit de mon cerveau ?

 

Où bien suis-je l’argile en la main du potier,
Le truchement d’un chœur à bruire dans l’azur,
Qui chante par ma voix offerte à cet élan ?

 

Et tout ce qui en moi sans fin va se mêlant,
Mes doutes, mes espoirs, mon dol et ma brisure,
Ce qui pénètre en moi du monde en son entier.

 

Songe à peine éveillé, témoin du jour qui vient,
Pareille à la marée qui enlace la rive,
À battre même écueil chaque jour en sa crue ;

 

Je suis l’ode déserte issue de la chair crue,
Cette nef en débâcle au seuil de sa dérive :
Au portique nocturne un poème y survient.

 

Voici le tâcheron asservi à son verbe,
Le souffleur du néant en son théâtre d’ombre,
Murmureur de l’oubli aux vaines taches d’encre.

 

De tous ces oripeaux, sur ma peau, comme un chancre,
Je me délivre au lieu de ma triste pénombre,
En l’aparté du vers où j’assemble ma gerbe.

 

Las, je n’ai su trouver qu’un chant de solitude,
J’ai semé sans compter sur une terre aride
Et rempli mon boisseau d’une tendre illusion.

 

Je n’ai représenté que ma déréliction,
L’amertume est en moi à contempler ce vide,
Dans ce poème étreint de mon incertitude.

 

mars 2013

Publié dans Autobiographie

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