Veneur d’impuissance

Publié le par Lionel Droitecour

... Ainsi, veneur fardé de sa propre impuissance, / Nous rabattons, en nous, une meute de maux ...

... Ainsi, veneur fardé de sa propre impuissance, / Nous rabattons, en nous, une meute de maux ...

Il nous faut obéir à l’importun du jour
Et suivre le sillon ou bien moudre le grain ;
L’humanité se gâche à produire un levain,
Ferment de pacotille aux âmes délavées.

Si l’on ferme ses voies aux sentes entravées,
D’autres, dans le discours ont conclu leurs contrats,
Il nous reste, aux lointains, d’improbables extras,
Profusions sans objet dans ce triste séjour.

Et l’on demeure en soi, tel en la citadelle,
Rencogné dans sa vie l’ermite en sa tanière,
Dupe de l’ombre, aussi de la vaine lumière,
Dupe de l’agonie que notre encours vénère.

Ainsi l’on recommence, vague délétère,
Le parcours douloureux de notre déchéance,
Fasciné par l’approche de cette échéance,
En cette chair complice, ainsi l’hôte infidèle.

Bourreau enfariné de sa propre personne,
Habité de pulsion, pareil au suicidaire,
Notre déréliction est notre abécédaire,
Dont le carillon tinte en échos rémanents.

Nous ne sommes qu’un lieu de fugaces serments,
Notre vertu se fonde où s’enfuit le grégaire,
L’autre, c’est vérité, ne nous importe guère,
On se peuple de soi comme une outre résonne.

Dans le galimatias du livre tant de mots
Qui ne sont qu’un réseau, souvent maillant le vide,
Oripeaux d’illusions en notre cœur avide,
Désir qui nous gouverne et lentement se meurt.

Mais de ce reste ardent peuplé d’une rumeur,
Il nait en nous l’appel d’une impossible essence,
Ainsi, veneur fardé de sa propre impuissance,
Nous rabattons, en nous, une meute de maux.

octobre 2015

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