Émotions perdues

Publié le par Lionel Droitecour

Ulrike Bargmann-Bosselmann (née en 1964), Zum Meer

Ulrike Bargmann-Bosselmann (née en 1964), Zum Meer

Cela poursuit son cours, le temps ne finit pas,
Cette immobilité que trompe les aiguilles
Insiste en sa période et marque le rebours,
Il n’est qu’en ma poitrine une battue certaine.

Ainsi va le discours de cette chose humaine,
Ainsi le crépuscule à nos tristes amours
Tout glisse entre nos doigts, ainsi que des anguilles
Et l’on va peu à peu au terme du repas.

Ce ne fut pour ma part un fastueux banquet,
Je n’ai manqué de rien, sinon que l’essentiel,
Une amitié, peut-être, aurait pu me distraire,
Mon goût des solitudes m’en a écarté.

Voici, je suis sujet de mon propre aparté,
Je n’ai d’autre recours que tenter de m’abstraire
Et par le verbe, enfin, à contempler le ciel,
Ficeler sans déboire mon terne paquet.

Certes, j’aurais été client des vanités,
Je ne sais plus très bien quel rêve m’a trahi,
Je n’ai rien assemblé sinon que ma chimère,
Et, dans l’ombre du doute intimé ma question.

Je n’ai jamais voulu de la moindre ambition,
Séché sur pied ainsi qu’un épi de misère
Et de tant de possible, à jamais ébahi,
Renoncé à l’appel de ces promiscuités.

Donc je vais me dissoudre, tantôt, sans retour,
Accablé de ma propre version du néant,
Comme il doit bruire, issu de ces ombres volages,
Virtualité sans forme emmurée de silence.

Là, dans le pâle écho des rives de l’absence,
Où seront nos remords et nos maigres ambages,
Nos émotions perdues ? Ainsi, dans l’océan,
Dilués tous ces pleurs épanchés tour à tour.

août 2015

 

Publié dans Le temps

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Avisferrum 04/11/2017 15:45

"Ce ne fut pour ma part un fastueux banquet,
Je n’ai manqué de rien, sinon que l’essentiel"

Magnifiquement dit !