En la rade étrangère

Publié le par Lionel Droitecour

Fernand Pelez (1843-1913), La Vachalcade 1896, détail

Fernand Pelez (1843-1913), La Vachalcade 1896, détail

Je vois le déplaisir peu à peu s’inviter
Aux berges de ma vie qui aperçoit son terme,
En cet espace, friche, où la vieillesse meut
Son tracassin amer qui boite au lendemain.

Voici, le jour proscrit s’échappe de ma main,
Et mon cœur s’assombrit même sous l’azur bleu,
Ce qui s’ouvrait jadis désormais se referme,
Mon avenir vain semble se débiliter.

Je fais certes ma gigue, encore, à ce parterre,
Je mêle mon éclat de voix en la rumeur,
Mais tout m’attriste, hélas, en mon humble retraite,
Où le silence en moi dévore toute joie.

N’ai-je su travailler que pour ce désarroi,
Pour ce trouble latent qui chante ma défaite,
Marasme sur ma vie en affreuse tumeur
Pour ce vide à mon seuil où le remords se terre ?

Mon idée du bonheur était simple et légère,
Mais j’ai dû renoncer même à ce calme espoir,
Quelque chose pourrit dans mon âme éphémère,
Quand tout élan me fuit en pâles illusions.

Il n’est plus de parade, il n’est plus de fusions,
L’océan se résume à cette vague amère,
Salie, sur la jetée, qui frémit, dans le soir,
D’une houle mauvaise en la rade étrangère.

octobre 2013

Publié dans Autobiographie

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