En ma propre lésine

Publié le par Lionel Droitecour

 ... Comme l’avare envieux dont l’or paie la misère ...

... Comme l’avare envieux dont l’or paie la misère ...

Je suis si las, ce soir, d’extrême lassitude
Les épaules courbées et le corps en gésine,
Mes voiles affalées, mon ancre mise en terre.

Chaque jour un peu plus je sens que je m’enferre,
Et chaque jour ma coque en la vase s’incline
En l’aval de ma joie ne reste qu’hébétude.

Et le mal qui m’étreint devient une habitude,
Je polis ma douleur en ma propre lésine
Comme l’avare envieux dont l’or paie la misère.

juillet 2015

 

Publié dans Fongus

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Avisferrum 16/03/2018 15:17

"Ceci dit, l'idée vaguement judéo chrétienne comme quoi la souffrance est un don, et que celui qui souffre bien en ce bas monde en percevra les fruits dans le prochain m'a toujours été antipathique. Et plus encore depuis que j'ai mal au culte."

Je suis bien sûr entièrement d'accord avec cette remarque, cher ami... "Notre" religion, dont l’emblème est un corps ensanglanté cloué sur une croix en est un triste exemple.
Je crois que ce qui est dit dans la chanson n'est pas une ode masochiste à la souffrance, c'est plutôt une constatation : lorsque nous surmontons une souffrance (et elles semblent inévitables en ce monde) elle se transforme en don, c'est à dire nous laisse plus fort, ce qui est comparé à une fleur qui pousse dans la boue.

Et de fait quelqu'un qui a beaucoup souffert dans sa vie a souvent des couleurs bien plus riches sur sa palette, même si ce n'est (de loin) pas une généralité !

Avisferrum 04/11/2017 15:43

Magnifique texte sur la souffrance, il me fait penser (même s'il n'y a que peu de rapport) à une chanson de Jill Caplan, "La Frontière" qui contient les paroles :

"Les fleurs qui poussent dans la boue sont
Nos souffrances transformées en dons"

Lionel Droitecour 13/03/2018 18:40

A la relecture, je suis assez content de ce vers :
"Comme l’avare envieux dont l’or paie la misère."
Ceci dit, l'idée vaguement judéo chrétienne comme quoi la souffrance est un don, et que celui qui souffre bien en ce bas monde en percevra les fruits dans le prochain m'a toujours été antipathique. Et plus encore depuis que j'ai mal au culte.
Comme disait Pierre Dac à qui l'on demandait ce qu'il pensait de l'au-delà : "Je préfère le vin d'ici"