en mon humble réduit

Publié le par Lionel Droitecour

... Pour l’heure ai l’esprit gai ... / Je savoure d’un trait, / Ce bonheur incongru dont je me sens guérit ...

... Pour l’heure ai l’esprit gai ... / Je savoure d’un trait, / Ce bonheur incongru dont je me sens guérit ...

Il me vient ce matin l’onde à l’humeur légère,
Attablé au clavier de la machine à dire
Mes doigts volent sereins, heureux dans la pénombre,
Et content ce refrain où mots sont valse lente.

Voici pour une fois que je ne me lamente,
Que mon sein lourd ne dit la peine qui l’encombre,
Qu’aucune nostalgie en moi ne vient médire
J’ai l’âme sidérée d’une joie passagère.

J’en parlerai à dieu si j’avais de la foi,
Je pourrai même y croire en me poussant un peu,
Pâques c’est après tout temps de résurrection,
Je suis tel le bourdon d’un chœur qui carillonne.

Il me semble qu’un lieu, devant le ciel, fusionne,
Et je suis celui-là dans la prédilection
Où l’univers parade ainsi, sous l’azur bleu,
Pareil à l’horizon débarbouillé d’effroi.

En cet instant je n’ai plus nul ressentiment
Quelque chose de grand s’esquisse sur mon doute,
Et je sens par mon cœur battre l’espèce humaine,
Infime en l’infini, unique en son paraître.

Il est des jours parfois où tout pourrait renaître,
L’espoir, cet insensé, en nos voies se promène
Il cesse d’être leurre, éclairant notre route,
Quand la sente soudain va vers le firmament.

Oh, je le sais bien sûr, en cette exaltation
Rien ne demeure, enfin et l’illusion périt ;
Demain je serai las et vers l’ombre éconduit
Blême mendiant d’amour en l’aube solitaire.

Pour l’heure ai l’esprit gai et ne m’en soucie guère,
Je savoure d’un trait, en mon humble réduit,
Ce bonheur incongru dont je me sens guérit
Et je baigne tranquille en la sublimation.

mars 2013

Publié dans Sensation

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Avisferrum 06/10/2017 11:43

Bel instant de grâce, de ceux que nous rencontrons trop rarement, hélas...

J'ai remarqué en ce qui me concerne, mais peut-être est-ce le cas pour tous, que le fait de me dire "Là je suis bien, tout va bien...", en savourant cet état de félicité, indique en fait infailliblement que l'état de félicité en question touche à sa fin, car tant qu'on y est immergé on n'en a nulle conscience, on le vit sans le commenter.

Dès que le mental pointe son museau et ses mots l'état de grâce se retire sur la pointe des pieds...