La meute va bon train

Publié le par Lionel Droitecour

Jean-Baptiste Oudry (1686-1755), Chasse au loup, détail

Jean-Baptiste Oudry (1686-1755), Chasse au loup, détail

Quel front, jamais, se lève en notre abaissement,
L’espoir n’est-il jamais qu’une vaste cimetière,
Faut-il, en sont labeur, annihiler la chance
Et de quel chancre humain sommes-nous la victime ?

Il n’est nul dieu perché dans l’éther magnanime,
Le paradis inscrit dans un vieux livre rance
N’est qu’une ancienne trique, annale familière,
Qu’on ressasse, étriqué, comme un renoncement.

Et nulle vérité en la chose publique,
Nul lendemain promis où chantera l’aurore,
L’avenir en nos mains, atones de désir,
N’est qu’un songe assassin qui mutile l’instant.

La soumission au mal est notre effort constant,
La justice ce rêve où nous venons gésir,
La puissance d’argent est un vil matamore,
Et son veneur ardent dégoise dans sa clique.

Le progrès fut, hier, la promesse des gueux
Par la guerre il engendre le crime de masse
Enivré d’oriflammes polluant le ciel
Où le cri des nations est celui d’un troupeau.

Qui se réclame un maître trouve son bourreau
La foule se repaît du joug sacrificiel,
Une sombre jouissance, aux fronts remplit de crasse,
Impose son délire et son fiel insidieux.

L’homme est l’impur reflet d’une société pleutre,
Plutôt que rejeter l’ordre qui le contraint
Il cherche en sa fratrie proche un bouc émissaire
Acceptant l’holocauste, il vante l’ordalie.

L’histoire nous attend en sa didascalie,
L’acteur est là, fardé, de glose feudataire,
Et son rôle est écrit, la meute va bon train,
Se peut-il que demain soit fondé par le meurtre ?

octobre 2013

Publié dans Citoyen

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