Où se cavent mes jours

Publié le par Lionel Droitecour

Léonard de Vinci, (1452-1519), un guerrier, détail

Léonard de Vinci, (1452-1519), un guerrier, détail

Une faim rôde en moi toujours, qui se réveille,
Métaphore au désir inassouvi sans cesse,
Pareil à ce fossé, en ma chair écalée,
Que creuse la psyché au redan de ce corps.

Je voudrai rompre enfin ce lien frustre et retors,
Mais toujours à l’écueil ma voilure, affalée,
Vient rompre mon étrave et la sauvage ivresse
A ses aguets patients pour y tromper ma veille.

Je sais le vain contour de ma molle faiblesse,
Je me raidis contre elle et je tombe, pourtant,
Tel l’oiseau fourvoyé en son vol importun
Qui ramène en son nid le remord de la faute.

Et, chaque fois coupable mon âme sursaute,
Au travers du dédale où se joue mon destin,
Un Minotaure ardent me saisit, me portant
Vers la douve croupie où le dégoût me blesse.

Est-ce moi cette étrange affamé d’un vil crime
Où la pensée demeure au fantasme brutal,
Prédatrice effigie, totem de la violence
Inscrite sous ma peau en sa lettre sanglante ?

Et de moi même ainsi parfois je m’épouvante,
Fuyant le lieu de mort de la concupiscence
Comme bête angoissée d’un repentir primal,
Que je couche, en ces mots, au revers d’une rime.

Cet antre obscur, en soi, qu’il faut obstinément
Fuir et, comme un damné, porter telle géhenne,
Gibet des libidos, oriflamme de honte,
Partout, en notre ego, bûcher de parodie.

On se donne le change en sa palinodie,
Paravent d’apparat où paraître s’éhonte,
Endimanché de verbe on a la bouche pleine
Et la conscience bonne ainsi qu’un vêtement.

Mais un regard nous trompe où la parole ment,
À qui sait voir il est des leurres manifestes ;
Or, au bal des ardents, bientôt, un incendie
Brûle sous notre peau grêlée qui se consume.

Aussi ne sommes-nous que cet être posthume
Qui traîne en soi le deuil où son mal s’irradie,
Imposture éventée en chacun de ses gestes,
Egrillarde rumeur, sempiternellement.

Ainsi l’humanité renait elle à violence
Sitôt le garde corps renversé dans la boue,
La fange en sa marée d’effroi rompt toute digue,
Et l’infamie se vend, abjecte, au plus offrant.

Voyez lors le massacre hideux qui se répand,
Camarde déhanchée en son affreuse gigue,
L’innocence sarclée, tendre chair sous la houe
Du furieux exalté qui se donne licence.

Suis-je de cette espèce aux grégaires contours,
Pareil à ce dévot de bonne obéissance
Qui trouve en l’abandon à la barbare loi,
Sa raison d’exister dans le déni de l’autre ?

Je sais en moi le lieu où cette horreur se vautre,
Le doute où je me ronge en l’amer désarroi,
Et la crainte que j’ai d’être de cette essence,
Pilori d’un ego où se cavent mes jours.

août 2013

Publié dans Névrose

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