Sonnets de l’intranquilité

Publié le par Lionel Droitecour

Vincent Van Gogh (1853-1890), Le bon Samaritain, d'après Delacroix, détail

Vincent Van Gogh (1853-1890), Le bon Samaritain, d'après Delacroix, détail

1.
Demain paraît si loin, quand nos hiers sont proches.
Le poids des ans grandit et charge de reproches
Un cœur, qui se soumet à s’en faire raison
Et prend la nostalgie pour ligne d’horizon.

Sur quel versant l’âge, entraînant la bascule,
Commence l’agonie du rêve majuscule,
Celui que nous portions, couronne sur nos fronts,
« Et l’avenir sera ce que nous en ferons ! »

Hélas, nul ne bâti jamais que sa ruine future,
Illusion de penser qu’on force la nature,
L’humaine engeance n’est qu’un fétu sur la terre !

Un jour ne reste plus, caverne où l’on se terre,
Qu’un doute qui nous fore aux abords de l’abîme,
Et la sourde panique au profond de l’intime.

2.
Adieu la joie, souvent pour l’intranquillité,
Adieu le clair torrent, la versatilité,
Le projet flamboyant des âmes qui s’unissent :
La sente, déjà meurt où les lointains bleuissent.

Mais l'échine ployée sous l’injure du temps,
Cherche à s’en faire accroire aux rimes du printemps.
Fol est celui qui erre en atours de jeunesse
Aux lisières d’un corps que déserte liesse !

Esclave de soi-même, éteint et taciturne
On recherche une étreinte en la pente nocturne
Où seule vient l’absence au pâle désarroi.

Lors on se résout, hâve à mener son charroi
De honte et de douleur aux rives d’hébétude,
Gouverné par la seule et morose habitude.

mai 2011

Publié dans Le temps

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Avisferrum 06/10/2017 11:25

Très beau poème et constat implacable, cher ami...

Le morne sentier de la déchéance est-il le seul que nous pouvons emprunter ? D'ailleurs empruntons-nous vraiment un quelconque sentier, sommes-nous sur le chemin ou le chemin est-il en nous ?

Vastes questions, cher ami, que ton beau et profond texte soulève une fois de plus...