Aux soirs de nos accords

Publié le par Lionel Droitecour

... Ruine sera bientôt ce chœur mélancolique, / Et ma cendre à son tour, désertera ce nid ...

... Ruine sera bientôt ce chœur mélancolique, / Et ma cendre à son tour, désertera ce nid ...

Je sors d’un rêve inquiet où j’avais vu détruit
Le lieu qui tant m’est cher, en ma rive lointaine,
 Et puis, tout à côté de la maison en ruine
En factice apparat une pâle copie.

Et j’écumais de rage à voir cette utopie,
Délire mensonger d’une face chafouine
Pérorant devant moi d’une rigueur hautaine
Justifiant mon malheur comme un arbre son fruit

Et je songe céans à mon aube meurtrie
Que le chant de la mort a peuplé de fantôme,
Et même les vivants, traitres à mon enfance,
Qui semblent étrangers aux échos qui sont miens.

Ainsi la vie s’en va lentement de nos reins,
Il n’est plus, un beau jour, qu’une vague souffrance,
Un pincement, en soi, comme en terre un rhizome,
Réseau d’une l’herbe folle en notre idolâtrie.

Ce qui demeure en moi, fantasme de mémoire,
Paysage intérieur n’existe déjà plus,
Tableau naïf et vain où j’use mes couleurs,
Comme vierge d’autel enfumée par les cierges.

De notre passé mort nous sommes les concierges,
Pipelets en vigie aux seuils de nos douleurs,
Stupides ressassant un souvenir perclus
Lettre morte oubliée aux feuilles du grimoire.

Je sais ce qui mena ce rêve à mon chevet,
Vieux témoins déclinant de ma rive première,
En vos cœurs se consume, en ultimes lueurs,
La mèche au chandelier qui porte votre cire.

Je sais qu’elle viendra bientôt vous circonscrire,
La mort et mouchera le chant de vos rumeurs,
Que je resterai seul reflet de la lumière
Qui jadis en vos yeux réchauffait mon duvet.

Je vois la maladie appesantir vos corps,
Manger cette vigueur où se mouvaient vos âmes
Et le feu qui s’éteint dans l’âtre solitaire,
Où le bonheur naguère œuvrait aux causeries.

Hélas, le temps compté à nos lèvres suries
Impose son discours comme un précieux vicaire
Au rites compassé de nos lointaines flammes,
Quand la Saint Jean riait aux soirs de nos accords.

Tout n’est plus désormais qu’une pénible attente,
Et nous nous retrouvons, quelques jours dans l’année,
Au mitan de l’été pour de brèves vacances,
À polir notre lien comme une corde usée.

La fin, inscrite en nous telle vieille rusée
Marque de sa rouerie nos intimes cadences,
Et l’éclat de nos joies, dans l’onde surannée
Ressemble à un sanglot dans la voix de ma tante.

Je le verrai périr aussi se déliter,
Moi-même quelque jour j’inclinerai mon front,
Ruine sera bientôt ce chœur mélancolique,
Et ma cendre à son tour, désertera ce nid.

Je laisserai ces mots qui craignent le déni,
Où seras-tu, enfant, rejeton nostalgique
Quand l’aile noire aussi te fera cet affront,
Et que viendra le soir, propice à méditer ?

juin 2013

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Evy 06/11/2017 20:23

Très beau bonne soirée