Agrippa

Publié le par Lionel Droitecour

Théodore Agrippa d’Aubigné, (1552-1630), par Bartholomäus Sarburgh, (vers 1590-après 1637)

Théodore Agrippa d’Aubigné, (1552-1630), par Bartholomäus Sarburgh, (vers 1590-après 1637)

Terpsichore, il me semble, si léger étais
Que ma lyre, céans, brumeuse en sage été,
Singulièrement fuit la légèreté.

J’eus coutume jadis à jouer des calembours,
Quelque fois j’empruntais la sente des amours
Et même l’élégie fleurit sous mes atours.

Mais hélas, je vois bien que la morosité,
Ce mortel ennemi de ma porosité,
S’invite en mes confins, de mes ports aux cités.

Suis-je donc ce malingre époussetant son ire,
Répandant en son verbe une verve à maudire,
Accablé d’un chagrin qui le pousse à écrire ?

Suis-je cet Agrippa « d’une plume de fer
Sur un papier d’acier », comme issu de l’enfer
Des tragiques d’un monde au mal qui s’y s’enferre ?

Non certes j’ai vécu en des temps forts paisibles.
Les prémices pourtant de lendemains possibles
Où la haine s’inscrit, naissent, incoercibles.

Saurai-je en ce néant, si tant est qu’il advienne,
Trouver en moi l’honneur, autant que j’y parvienne,
Ma parole invoquant l’ombre qui est la mienne ?

Eh muse, me voici loin des tendres parvis,
Des bouts rimés charmants… Le ciel à mon avis
Se charge, en ses nuées, de bien sombres lavis.

avril 2012

Publié dans Art poétique

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