Au soir quotidien

Publié le par Lionel Droitecour

Pieter Brueghel l'Ancien (1525-1569) Le repas de noces (1568), détail

Pieter Brueghel l'Ancien (1525-1569) Le repas de noces (1568), détail

Mais, tout seul, on n’est pas grand-chose,
Qu’un individu dans sa glose,
Radoteur de billevesées
Au vide du sens dispersées.

On vit dans son ressassement,
Pareil à un effacement,
Dans le non-dit des perspectives
Où se perdent sans fin nos rives.

Recommencer est notre piège,
Impassible mort fait le siège
De cette étrange citadelle
Où l’âme cloitrée se ficelle.

L’autre est notre seule antidote,
Même mal taillée une cotte,
Un cadre pour nos arguties,
L’aune de nos péripéties.

Pour exister on se mesure
Sinon l’on est qu’une blessure,
Rien ne répare, sous le ciel
Moins qu’un songe superficiel.

C’est là notre malédiction,
De nous même seule addiction,
Nous sommes contraints à sortir,
Au champs des corps nous assortir.

Seul un regard nous donne vie,
Seule altérité nous convie
À la table où sont les humains,
Dans le partage de nos mains.

Et dans le chant du crépuscule
En nous cette rumeur spécule
Offerte au soir quotidien
Dont l’attente est le méridien.

novembre 2013

Publié dans Citoyen

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