Humble gîte

Publié le par Lionel Droitecour

... Et l’on se rend aveugle à regarder en soi, / Dans le mètre du monde, en sa propre distance ...

... Et l’on se rend aveugle à regarder en soi, / Dans le mètre du monde, en sa propre distance ...

La rumeur qui bruissait par la fenêtre ouverte,
Un peu plus loin de moi s’en est allé rugir.
Si ce n’est point la paix, encore, et s’il m’en coûte,
J’ai le calme de l’âme, au moins, pour humble gîte.

Je ne veux rien savoir du monde qui s’agite,
Je sais bien, dans le fond, que nul jamais n’écoute,
La solitude est là, toujours prête à surgir
Et que, dans le réel, chaque aube déconcerte.

Eh bien c’est cela, vivre, et se construire un rêve
Au pas de l’illusion harnacher l’avenir,
Bâtir en sa saison, élever sa clôture
Et se dire en cela j’ai mienne certitude.

Mais rien en vérité qui ne soit attitude,
Masque où l’homme se grime en sa propre nature,
La camarde là-bas, proche de survenir
Est le seul horizon qui monte sur la grève.

Et l’on se rend aveugle à regarder en soi,
Dans le mètre du monde, en sa propre distance,
On fait ce petit saut, hâve, d’un bord à l’autre,
On se contemple et puis on sent venir la nuit.

Incapable de voir, enfin, tel qu’il nous nuit,
Ce présent délétère en lequel on se vautre,
Qui mène vers le seuil dernier de l’existence,
Nous retournons sans cesse à ce qui nous déçoit.

août 2015

Publié dans Névrose

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