Est-ce mal ou bénédiction

Publié le par Lionel Droitecour

... Ma scène, alors, est un écrit, / Si j’existe, en cette pulsion, / Qu’ai-je donc hors de moi décrit ...

... Ma scène, alors, est un écrit, / Si j’existe, en cette pulsion, / Qu’ai-je donc hors de moi décrit ...

Je suis en représentation
Ma scène, au jour, c’est un écrit,
Si j’existe, en cette pulsion,
Qu’ai-je donc hors de moi décrit ?

Je ne sais pas ce que je suis,
Je me vois comme une illusion,
Paradigme en l’ego construit
De par ma propre défection.

En chaque aube une rémission,
En chaque soir un discrédit,
Certes, mon âme est en faction,
Mon cœur est en chaque dédit.

Et je me rêve dans ma nuit,
En cela nulle compassion,
Chaque défaite en vain me nuit,
Je demeure avec ma question.

J’ai composé tous mes répons,
Maillant le doute à l’usufruit,
De ma tourbe et de mes limons,
En ce tesson d’amour fortuit.

Je ne sais ce qui me construit,
Peut-être le même horizon
Où l’espérance me détruit
Absence aux murs de ma prison.

Ai-je eu jamais d’autre ambition
Que d’être en mon malheur instruit,
Que de tendre vers l’effusion
De ce lieu qu’on nomme l’esprit ?

Hélas ! J’en ai si peu compris,
À peine si je sais mon nom
Et l’ombre au soleil de midi
Qui fuit sous mes pas sans raison.

Peu à peu se perdent saisons,
Le temps n’est plus qu’un vain conduit,
À l’horloge nous déniaisons
Où l’épouvante nous réduit.

Et voici ce clown décrépit
En sa parade d’aversion,
Sa danse est un pas d’infamie,
Un chœur y fait sa diversion.

Ainsi nous en satisfaisons,
Poussant cette petite vie,
Pleine de rancœur, d’affliction,
Vil charroi sur notre parvis.

C’est le chant de nos avanies,
Relent de la déréliction,
Avatar des sombres folies,
Au rempart de notre inaction.

Alors je prends la plume, aigrit,
Pierrot me prête sa mission,
Hélas, est-ce un chant d’agonie,
Sang d’encre, et ma blessure un don ?

J’ai tant désiré un rayon,
Du ciel, un amoureux surplis,
Rien qu’une touche d’affection,
Mais il ne me reste qu’oubli.

Dans l’accablement, sécession,
La rime devient mon abri
Et la tristesse ma fiction,
Je m’y cache, exhibant mon cri.

Ma scène, alors, est un écrit,
Si j’existe, en cette pulsion,
Qu’ai-je donc hors de moi décrit,
Est-ce mal ou bénédiction ?

septembre 2013

 

Publié dans Art poétique

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Evy 06/02/2018 15:19

Je partage bonne journée