Gageure

Publié le par Lionel Droitecour

... Des rivières le flot, que souille l’immondice,  / S’y déverse, jusant de notre gabegie ...

... Des rivières le flot, que souille l’immondice, / S’y déverse, jusant de notre gabegie ...

1.
Parions sur la mal, la gageure en est sûre,
La mise est assurée. Du pire et du meilleur
Le débat est tranché et l’homme, spectateur,
Demeure une fiction financée par l’usure.

Le dépoli brillant de nos écrans maudits
Instaure une distance : maître ou gladiateur ;
Aux bouillons de onze heures l’ignoble médiateur,
En loteries sanglantes porte ses crédits.

Le bandit, le voleur, la poursuite, le drame ;
Ce qui jamais n’arrive en nos vies pantouflardes
Palpite à nos regards où s’instille nos peurs…

Les âmes qui s’effraient, aux douillets intérieurs,
De l’étranger qui passe en nos lueurs blafardes,
En cyniques brasiers, alimentent la flamme.

2.
Il suffit d’être un autre au seuil d’intolérance,
De porter sur sa peau de l’ambre ou de la nuit
Pour que monte sur soi, rumeur sourde ou bien bruit
Le chant irraisonné de l’insane défiance.

Et partout l’attirail du racisme fleurit ;
Nourrit de ces regains où va, incohérente
La haine s’épousant aux trames qu’on s’invente
Pour marquer, comme un chien, les bornes de sa vie,

D’une urine de mots épelant le dédain.
Et l’injure s’inscrit toujours au nom de l’autre,
Ce masque fabriqué pour couvrir un visage

Niant l’intelligence en un flot de verbiage
Pour exalter un sang que nous croyons le notre
Quand pour chaque être il est fratrie pour son andain.

3.
Au jeu de différence, absurdement, s’écrit
Ce bréviaire infamant qui nourrit le racisme,
Evangile assassin produit par le fascisme,
Nazisme idéologue, crime de masse induit

Par le capitalisme où l’être est un rouage,
Taylorisant le meurtre au nom d’un idéal.
De cette barbarie l’homme reste un féal
Vendange épouvantable en notre moyen âge,

Mer rouge au sang versé par le siècle vingtième,
Epouvantable issue des civilisations,
Péché originel et meurtre de Caïn.

Impuissante mémoire à dévier le train
Sur le rail éternel de nos dévastation,
Comme un rut carnassier affamé d’anathème !

4.
En vain, l’on commémore, érigeant des statues,
En vain, les monuments nous disent la souffrance,
En vain, l’on se recueille aux stèles de l’absence !
Le germe de la haine est semé dans nos rues,

Le prince libéral perpétue l’injustice,
En captant l’usufruit de nos labeurs humains
Privant d’ouvrage ceux qui n’ont plus que leurs mains.
Des rivières le flot, que souille l’immondice,

S’y déverse, jusant de notre gabegie,
Nos libéralités d’ordures, ce désir,
Où s’alimente un feu qui consume la terre.

Allons, faites vos jeux ! L’heure est à l’inventaire,
Y serons-nous, demain, sinon qu’en le gésir ?
Rien ne va plus, misons ! C’est notre stratégie !

juin 2007

 

Publié dans Citoyen

Commenter cet article

Evy 26/02/2018 21:40

Beau mots triste mais réel bonne soirée

maposie 26/02/2018 08:24

Bien triste réalité