Nécessité

Publié le par Lionel Droitecour

... Dans le flot continuel, la presse autour de nous, / Nous voyons notre image, multipliée, partout ...

... Dans le flot continuel, la presse autour de nous, / Nous voyons notre image, multipliée, partout ...

Dans le flot contigu des jours, auprès de nous,
À se toucher passent des corps et des idées.
Et toutes ces chairs ignorées dont nous sentons,
Comme le mouvement, dans le fleuve, des eaux,

Vont mouiller notre humeur d’une sueur subtile.
Ces êtres volatils peuplant, de nos pensées,
La course vagabonde, sont comme rumeur
Lointaine sur nos vies, le décor de nos heures

Au théâtre du monde. Sortant de nos maisons
Nous sortons de nous-même au son du brigadier
Qui frappe les trois coups. Et nous voici pareils
À tant de silhouettes qui vont et puis s’en viennent

À la nécessité qui nous fait exister.
Nous forgeons nos destins aux normes quotidiennes
Où nous ployons sans cesse l’ambre de nos désirs ;
Nous avançons, inquiets, parce qu’il le faut bien,

Dans le cadre imposé par la norme sociale.
Comme une cathédrale encombrée de structures,
Gothique parabole aux gargouilles grotesques,
Notre âme en l’inconscient calcule ses blessures

Qui jaillissent parfois d’un chant irrationnel.
Alors, cadenassés par ce que nous créons
Dans nos propres prisons, nous sentons l’agonie
Nous entraver la gorge, incapables de geindre,

De secouer le joug que, de nos propres mains
Nous glissons sur nos têtes, au son de ces mots vains
Qui parlent de devoir, d’honneur et d’idéal ;
Qui disent le bonheur comme l’inaccessible,

Et font un théorème de ce dégoût de vivre
Où la névrose coud sa marque délétère.
Là, dans la tendre chair, dans l’intime chaleur
Qui bat dans nos artères priant je ne sais quelle

Instance en la nuée, pleurant larmes de fiel
Qui tracent sous le ciel les rimes du remord
Dans le flot continuel, la presse autour de nous,
Nous voyons notre image, multipliée, partout,

Comme le sacrilège où nous portons nos pas.
Insane humanité qui s’ignore et se ment,
Et fait des murs d’argent pour fabriquer sa dette
Dans un concert absurde aux musiques obscènes.

novembre 2006

Publié dans Citoyen

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Evy 17/02/2018 21:55

Petit passage dans ton univers pour te souhaiter une bonne soirée