Inhumaine sentence

Publié le par Lionel Droitecour

Inhumaine sentence

Ainsi tu me trahis, mon corps, vieux compagnon,
Tu faillis désormais à porter ma pauvre âme ;
Pareil au prisonnier au sein du noir donjon
Je ne suis plus qu’un cri que la douleur proclame.

Et je hante la nuit de mon dol misérable,
Carillon du malheur au beffroi de l’ennui ;
Je fredonne céans, oh, deuil inexorable
Un amer requiem en la mortelle nuit.

Je ne sais plus écrire, et la lente battue
De mon cœur amoindri qui frissonne sa peine,
Ressasse sans arrêt cet arrêt qui me tue.

S’il me reste un espoir je le saurai demain,
Une machine froide en sa rigueur lointaine
Dira cette sentence par la voix d’un humain.

août 2016

 

Publié dans Fongus

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Avisferrum 25/03/2018 12:11

"Ainsi tu me trahis, mon corps, vieux compagnon,
Tu faillis désormais à porter ma pauvre âme ;
....
S’il me reste un espoir je le saurai demain,
Une machine froide en sa rigueur lointaine
Dira cette sentence par la voix d’un humain."

Ouah... Là c'est magnifique, et tellement puissant et réaliste !
D'aucuns pourraient trouver ce poème triste, et il l'est, certes, mais pour ma part je vois la Lumière au bout du tunnel, nul prisonnier ne reste éternellement dans son donjon !

Ça me fait penser du coup à un livre de Jack London, romancier et Initié "Le Vagabond des Étoiles" dont un lecteur fait la description suivante sur Amazon :

"A travers un Docteur en agriculture Jack London nous enferme au fond d'une cellule d'isolement. Mais loin de l'introspection, ce prisonnier qui se voit injustement condamné à d'interminables séances de camisoles, meurtrissant son corps et le destinant à mourir, s'échappe !

Par la pensée, il voyage dans d'autres corps qui furent les siens, chaque séance le ramène à une autre incarnation. Si bien que malgré, l'injustice de sa situation, la stupidité du système carcéral et la barbarie avec laquelle on le traite, il lutte et par son esprit résiste là ou quiconque se serait fait écraser ou en serait mort, finissant même par accueillir avec enthousiasme ces séances de camisole où enfin il peut explorer ces autres univers.

Finalement condamné à mort pour un simple coup de poing, le système prend enfin sa revanche sur cet homme qu'on ne brise pas, et cet homme de nous prendre à témoin sur ce qu'il endure, ses voyages, sa ténacité, sa vision de l'existance, son essence et son but : La femme.

La femme pour laquelle il a fini en prison, La femme à travers toutes ses vies pour laquelle il s'est battu...

Un très beau livre, une inspiration encore plus foisonnante qu'à son habitude, l'auteur nous conte l'histoire de ce prisonnier, entrecoupée par les récits de vies antérieures, au fur et à mesure la réflexion du prisonnier fait fusionner toutes ces vies et nous fait perdre pied nous emmenant loin, très loin de sa paillasse, de ces murs froids et gris qui compose sa prison et de la camisole qui l'étreint. Si loin qu'en fin de compte, nous aussi devenons des vagabonds des étoiles."

Éloge de l'imagination pour certains, livre sur la vie en dehors du corps et la réincarnation pour d'autres, car au fond, notre corps n'est-il pas quelque part une cellule d'isolement ?