Comme l’ondée qui bruit

Publié le par Lionel Droitecour

... À soi, ‒ seulement soi, cette douleur exsangue / Et ce cri contenu qui perle sur la langue ...

... À soi, ‒ seulement soi, cette douleur exsangue / Et ce cri contenu qui perle sur la langue ...

Dans la salle d’attente, et une fois encor,
Je m’en viens rapporter tous les maux de ce corps,
Certains qu’ici j’exhibe et d’autres que je cache,
‒ La camarde sait bien le dol qui me cravache.

Et je guette parmi cette étroite cohorte
D’humains qui me côtoient où l’espoir nous exhorte,
Celui qui va tantôt se lever à son tour :
Patienter, en ce lieu, est l’unique contour.

Réduits, impécunieux, à la dette de vivre
Nous ne voulons point voir l’huissier qui en délivre,
Et l’angoisse nous tient, en cette finitude,
Où le sort exaspère, ample, la solitude.

À soi, ‒ seulement soi, cette douleur exsangue
Et ce cri contenu qui perle sur la langue,
Dans le débours ardent de la parole crue
Qui s’effrange, soudain, imparfaite décrue.

Nous désignons au praticien membre ou organe,
Ce qui de nous dépare en ce réel insane,
Et, mendiants, nous tendons la débile sébile
Où s’exprime en la plainte une détresse vile.

Puis nous en retournons à peine soulagés,
De ces fragments de mots en instants partagés,
Libérés dans l’espace ‒ au moins un court moment,
Comme l’ondée qui bruit, atone, au firmament.

mars 2015

 

Publié dans Fongus

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