En l’immense dérive

Publié le par Lionel Droitecour

... Pyramide de mots en l’insondable Nil, / Prête à se perdre, ainsi, en l’immense dérive ...

... Pyramide de mots en l’insondable Nil, / Prête à se perdre, ainsi, en l’immense dérive ...

J’ai rendez-vous, tantôt, avec le coup du sort,
C’est comme un jeu de dés où la mise est funeste.
Je saurai donc, ce soir, ce que valent mes jours
Et le délai troussé au cul de la camarde.

L’été brûle ses feux et de clartés se farde,
L’insouciance sourit à de jeunes amours,
Seul, au milieu d’un monde occupé de sa geste
Je vaque, absurdement obnubilé de mort.

Cancer est un mot creux qui résonne dans l’âme,
Je ne sais point encore à quel réel il mène,
Seulement que cela est de mon futur proche
Et que le mal ardent couve dessous la cendre.

L’avenir de mon dol s’inscrit en ce méandre,
Du moins dans l’immédiat, pour autant que j’approche
Du cérémonial que l’hôpital promène
En ces couloirs glacés où l’espoir est infâme.

Certes, je sais déjà que le temps est compté,
Si je vais disparaître où si je vais survivre,
Cela dépend d’un lieu de mon corps en souffrance,
Cette intime patrie de mon identité.

Je ressens de la vie l’étrange absurdité,
Tragédie du néant offerte à notre errance,
À peine un mot tracé sur la page d’un livre,
Et que le deuil rejoint au séjour escompté.

Je n’avais point de port en cette étrange rive
Et n’ai d’autre recours, au chant d'un codicile,
Que ce verbe cynique où la Parque s’invite
Dévidant au rouet ce qui fut mon déboire.

Quelque jour, l’abandon de ma pauvre mémoire
Sera l’unique issue de mon âme illicite,
Pyramide de mots en l’insondable Nil,
Prête à se perdre, ainsi, en l’immense dérive.

juin 2014

 

Publié dans Fongus

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Tipoum 02/04/2018 10:19

Quelle tristesse.

Avisferrum 03/04/2018 14:43

Comment ne pas être triste, parfois, au spectacle de ce monde et de nos petites existences ?

Mais je crois en une forme de résilience, un état de sérénité au-delà des apparences, car derrière les images du film qui passe se trouve l'écran blanc, qui à la fin restera vierge de toute souillure, de toute souffrance, telle est notre état naturel de pure conscience.

Ce que nous garderons du film dépendra de nous seuls, c'est un grand pouvoir que nous négligeons souvent, car dès notre plus tendre enfance nous sommes conditionnés à subir... :-)

Bises

Le Glaude