L’échauguette

Publié le par Lionel Droitecour

... Pour creuser avec toi, aux rives de l’enfance, / Une neuve échauguette en mes châteaux de sable ...

... Pour creuser avec toi, aux rives de l’enfance, / Une neuve échauguette en mes châteaux de sable ...

Je ne t’ai pas veillé, non plus tenu la main,
Mon père, disparu comme on souffle chandelle,
Dans la nuit emporté par la vieille camarde,
Voleuse de nos vies, hâves miséricordes.

Eh, vieux lutteur, l’a tu renvoyé dans les cordes,
Toi qui la plaisantais, cette morne cafarde
Jadis, en la moquant comme une bagatelle,
Cette écharde plantée aux basques de l’humain ?

Tu ne la craignais pas, disant plein de malice,
« Va donc au croque-mort commander une bière,
Bien fraîche et sans faux-col », quand je passais, enfant,
Près des pompes funèbres, sans saisir la blague.

Tu savais bien comment la veuve nous élague,
Et, trempé par la guerre où nul ne s’en défend,
Tu avais vu courir, aux tranchées, sa rapière
Et réchappé de peu au feu du sacrifice.

Puis, la paix retrouvée, dans les plis quotidiens,
Elle t’avait ravi celle, dernière-née,
Épure inconsolée d’un deuil insurmontable,
Et qui t’avait cavé, minant ton espérance.

Et malgré tout, brisé « il faut bien qu’on avance »
Disais-tu, le cœur droit, vaillant, doux et affable,
Calme, presque serein au parcours de l’année
Cherchant ton réconfort dans le bonheur des tiens.

Hélas la vie, pourtant, a su nous séparer
Presqu’autant que la mort, désormais, dont le gouffre,
Attend, sais-je jamais, qu’un jour je te rejoigne
En quelque enfer peut-être, où vague paradis.

Si je savais, pour sûr, que nos cœurs affadis
Puissent en au-delà, dont le doute m’empoigne,
Émus, se retrouver, abolir, dont je souffre,
Cette absence mortelle aux cœurs à déparer ;

Mort, je t’embrasserais comme fille volage
Et je convolerai en ton amer sentier,
Pour creuser avec toi, aux rives de l’enfance,
Une neuve échauguette en mes châteaux de sable.

Et vous tous mes aïeux au regard ineffable
J’irai vous saluer en l’éternelle errance,
Passager de vos mânes, tel mortel rentier,
Ainsi que je le fus au début de mon âge.

septembre 2011

 

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Evy 07/05/2018 21:25

Triste réalité bonne soirée à toi bisous