Au tocsin de malheur

Publié le par Lionel Droitecour

Victor Hugo, dans "le Charivari" 1849, lithographie d'Honoré Daumier (1808-1879)

Victor Hugo, dans "le Charivari" 1849, lithographie d'Honoré Daumier (1808-1879)

J’inverse un cogito : je suis hors, donc je pense.
Descartes, en son latin me donne sa méprise,
Être, pour le vulgaire, n’est point réfléchir,
Mais se remplir la panse, et gésir, et dormir.

Nos pareils en cela, vieux Cid, se font connaître,
Leurs étés, leurs printemps, jettent par la fenêtre,
Marot n’est plus pour eux qu’antique barbe grise,
Au feu, aux gémonies sa belle adolescence.

Vic Torugo, je crois, faisait son cinéma,
Tout s’embrouille fadaise, aux idoles du jour,
Il faut battre des mains face aux écrans tactiles,
S’entortiller de rut aux médias érectiles.

Notre savoir n’est plus que vaine connivence,
Miroir, mon beau miroir, un conte d’apparence,
Pitoyable destin de notre tiède amour,
Pitance dévoyée en débile schéma.

Pourquoi lire, vraiment, notre âme est saturée
Et notre cœur fibrille en sa futile extase,
L’authentique en nos mains n’est plus qu’un simulacre,
Tradition mensongère où le vide est un sacre.

L’homme, pourtant, s’éduque aux trames du passé,
Par le vent de l’histoire où son souffle est passé,
Si le monde, demain, enfin change de base,
La nuit du quatre, en soi, inspire la curée.

Il n’y aura jamais nulle lutte finale,
Tout reste à conquérir, la justice nous leurre,
L’accapareur toujours veut empiler son or,
Créant la pauvreté pour gonfler son trésor.

Debout, debout encor les damnés de la terre,
Refusons l’asservissement par la misère,
Au beffroi de révolte il faut que sonne l’heure
Au tocsin de malheur d’une froide vestale.

janvier 2014

 

Publié dans Citoyen

Commenter cet article